Du menhir au temple (1/3)

May 16, 2019

Dans l'élan de ce début de semaine "sainte" riche d'une actualité inédite avec l'incendie de "Notre Dame", je prends la cyber plume. J'ai laissé passer quelques jours, pour digérer, maturer en moi cet événement. Comme nombre d'entre nous, j'ai laissé couler des larmes en découvrant en direct les flammes mordant le toit de Notre Dame. J'ai senti mon cœur comme fendu en deux. "Bon sang", mais ce n’est pas possible", me suis-je dit. "Pas elle, non !" "Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant, sous nos yeux ? Quel est donc le sens !". Ensuite, comme nombre d’entre nous, je me suis vue traversée par des souvenirs de vie en lieu avec cette cathédrale, qui, bien que je ne sois pas croyante, a bel et bien imprégné mon histoire, comme celle de beaucoup d'entre nous. De l'œuvre de Victor Hugo (que j'ai eu l'honneur de découvrir au collège), à la comédie musicale "Notre Dame de Paris", en passant par bien d'autres évocations, cette "vieille et grande Dame" fait partie de notre culture, de notre histoire collective.
Alors je n'ai pu résister à partager ces lignes, fruit de mon cheminement.

 

 

Le menhir & l’innocence

 

Tout commence avec un menhir. Enfant, je vais tous les étés en Bretagne. La première fois que j’y croise un menhir, me vient cette interrogation : « comment faisaient-ils (nos ancêtres) pour rentrer dedans ?! » « Où est donc l’entrée ? » Ces grandes pierres érigées vers le ciel m’intriguent, j'ai envie de me mettre à leur place pour les comprendre. Ce sont peut-être mes premiers pas autour du mystique et de la spiritualité. Quelque chose que je vis à l'époque comme "hors de moi", inaccessible.

 

 

Vers 9 ans, entraînée par ma mère, j'ai l'occasion d'aller plusieurs fois à la Grande Pagode de Vincennes, et plus précisément au temple tibétain Kagyu Dzong. De nouveau je rencontre la spiritualité. Je me rappelle assister plusieurs fois à des enseignements bouddhiques. Je ne comprends pas grand-chose, je m'ennuie. Pour passer le temps, j’examine patiemment les décorations, les fines sculptures qui ornent les murs. Je viens de lire « Le prince Siddhârta » de Jonathan Landaw (la version pour enfants de l’histoire de Bouddha), et là je vois en vrai cet univers que je sens comme gai et coloré. Les moines m’impressionnent : le crâne rasé, vêtus d’une toge bordeaux, j’ai l’impression d’être comme dans un film d’un autre temps. Et puis soudain, ils se mettent à entamer des mantras et à chanter. Je suis impressionnée par leur voix roque et le son des percussions. Je me sens alors transportée, comme si quelque chose d'important et de magique se passait.

 

 

Quelques temps plus tard, je "prends refuge" - je ne saurai dire si c'est vraiment mon choix ou pas. Ce moment restera gravé dans ma mémoire d'enfant. Je me rappelle encore du visage de ce « vieux moine » qui d'un sourire que je sens comme malicieux, me dépose sur mes épaules ce foulard blanc. Je saurai plus tard qu'il s'agissait de Kalou Rinpoché ... J'ai conservé précieusement le petit fil jaune mis autour de mon cou, et le message relatif à mon incarnation. Je puise dans cette période les graines d’une spiritualité que je sens comme vivante et joyeuse.

 

Vers 18 ans, j'ai l'occasion de revenir près de Carnac, en Bretagne. Je suis avec un groupe, dans le cadre d'un stage de développement personnel. A l'occasion d'une ballade, nous nous retrouvons nez à nez avec un menhir. Plusieurs personnes se mettent à l'entourer de leurs bras. Ils partagent qu'ils "sentent" l'énergie. Je suis intriguée, j'essaye ... je ne sens rien. Je suis frustrée, car dans ma quête mystique, j'aurai voulu sentir quelque chose. C'est à l'occasion de ce stage, que je rencontre de plus près la religion catholique éclairée de son sens originel, ainsi que le féminin sacré. La femme qui anime le séjour transmet des enseignements qui font de nombreuses allusions à Marie, mère de Jésus, mais aussi à "la Mère" (connue pour son parcours spirituel avec Sri Aurobindo, ses écrits, et pour être à l'origine de la cité d'Auroville en Inde).

 

Je visite une basilique, "Notre Dame d'Auray", dont la beauté me fascine. Mais je ne comprends pas ces représentations de Jésus sur la croix, ou de Marie portant son fils mort et ensanglanté. Quelque chose me dépasse : pourquoi, dans ces constructions architecturales si majestueuse, qui ont résisté à l'épreuve du temps, fruit du savoir de bâtisseurs et d'artisans passionnés, dont nombreux n'ont pas vu de leur vie l'achèvement de leur art, représente-t-on tant de souffrance ? Pourquoi à contrario de ce que j’ai rencontré dans le bouddhisme, je ne sens pas la joie ou de vivant dans les représentations, les tableaux ou les sculptures ?

 

Va suivre une période où poussée par une sorte de curiosité mystique, je rentrerai dans les églises ou les cathédrales au fil de mes voyages, pour transcender ce poids que je sens, et essayer de sentir cette énergie du cœur, prônée par les Chrétiens. Même si je ne suis pas croyante (je ne suis pas non plus baptisée), je suis née en terre Chrétienne, et j’ai besoin de comprendre ce monde d’où je viens.

 

La quête

 

 

La même année je lis "les Piliers de la Terre", de Ken Follett. Il était une fois le temps des cathédrales. Ce roman évoque notamment l'histoire d'un père puis de son fils, bâtisseurs de la première cathédrale gothique en Angleterre. Je découvre ce monde mystérieux de l'architecture sacrée et des luttes de pouvoir dans cette fresque romanesque et historique au cœur du Moyen-âge.

A cette période, mon petit frère suit la formation des Compagnons du Devoir et du Tour de France. Lors de son année à Paris, je viens le voir à la Maison des Compagnons qui est à deux pas de Notre Dame. Je découvre à l'occasion d'une porte ouverte, les chefs d'œuvre réalisés dans le cadre de leurs travaux de réception pour devenir compagnons. Découvrir ce monde d'artisans d'excellence me captive, je suis admirative devant ce que je sens comme du génie. Au fil de son tour de France, je vais apprécier venir rendre visite à mon frère sur un week-end dans les Maisons Compagnonniques pour suivre son cursus, visiter les cathédrales : Strasbourg, Dijon, Lyon. A ces occasions, je me frotte à l’énergie masculine des compagnons ! J’adore me sentir regardée par les collègues de mon frère, qui ne voient pas souvent des filles dans ce milieu essentiellement masculin. Je me sens jolie, désirable. Cela me donne de la force et de la confiance en la jeune femme timide et réservée que je suis.

 

Je suis parisienne et Paris, ses monuments bercent mon enfance et ma vie de jeune adulte. Notre Dame fait partie du décor et je me rappelle d'une scène de vie : j'ai 19 ans, un après-midi de printemps. Je suis assise sur un banc près de l'édifice, un sachet de cerises à la main. J'y ai donné rendez-vous à une relation naissante. J'adore les cerises, c'est mon fruit préféré. Je croque l'enveloppe rouge avec délectation, le jus coule dans ma gorge. Le jeune homme arrive. Gênée mais avec aplomb, je mets fin à une relation amoureuse, qui avait débuté à peine un mois auparavant. J'ai peur d'être une femme. Je ne me sens pas bien dans mon corps, cette relation va trop loin pour moi. Je cherche un prince charmant et ce n'est pas le bon. Le rouge du fruit plaisir est étouffé, dissipé dans mon estomac.

 

 

J'ai 25 ans et j'occupe un petit appartement quai de Jemappes à Paris, avec une vue imprenable à 180 degrés sur le tout Paris : à ma droite à moins de 5 km, le Sacré Cœur, puis en face, le Centre Georges Pompidou et les Halles, l'arche de la Défense au loin, et à ma gauche, la Tour Montparnasse. La Tour Eiffel est là, elle scintille toutes les nuits pour fêter le passage à l'an 2000.

C'est le come-back des comédies musicales françaises et Garou s'est révélé au grand public grâce à "Notre Dame de Paris". Je la vois aussi Notre Dame, au loin sur son île, majestueuse et tranquille. Je m'interroge : "quel sens y a-t-il à tant d'églises pour une seule cité?" Le son des cloches résonne et rythme le fil du temps. Que l'on soit croyant ou pas, il semble que nous soyons baignés dans cette folle marmite qu'est le monde chrétien.

 

Et justement je ne trouve pas mes réponses. J’ai cette impression que nos églises sont comme coupées de ce vivant et cette joie que j’ai ressenti avec le bouddhisme. Je ne comprends pas les messages issus de la religion catholique, qui me semblent « hors sol » et emplis de culpabilité. Comment un prêtre peut-il parler de la vie quotidienne, du mariage et de l’éducation s’il n’en a pas lui-même fait l’expérience ? Le thème de la sexualité est peu abordé, alors que c’est ce qui sous-tend la vie ! Nous sommes tous nés à partir d’une relation sexuelle, alors pourquoi occulter cela ?! Lorsque je rentre dans une église, je me sens comme divisée : j’ai cette impression qu’il y a comme une dissonance entre ce qui est « extériorisé », montré aux fidèles et aux visiteurs, et ce qui règne dans les profondeurs et l’histoire de chaque édifice.

 

 

A suivre ...

 

 

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