Du menhir au temple (2/3)

November 12, 2019

Dans l'élan de ce début de semaine "sainte" riche d'une actualité inédite avec l'incendie de "Notre Dame", je prends la cyber plume. J'ai laissé passer quelques jours, pour digérer, maturer en moi cet événement. Comme nombre d'entre nous, j'ai laissé couler des larmes en découvrant en direct les flammes mordant le toit de Notre Dame. J'ai senti mon cœur comme fendu en deux. "Bon sang", mais ce n’est pas possible", me suis-je dit. "Pas elle, non !" "Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant, sous nos yeux ? Quel est donc le sens !". Ensuite, comme nombre d’entre nous, je me suis vue traversée par des souvenirs de vie en lieu avec cette cathédrale, qui, bien que je ne sois pas croyante, a bel et bien imprégné mon histoire, comme celle de beaucoup d'entre nous. De l'œuvre de Victor Hugo (que j'ai eu l'honneur de découvrir au collège), à la comédie musicale "Notre Dame de Paris", en passant par bien d'autres évocations, cette "vieille et grande Dame" fait partie de notre culture, de notre histoire collective.
Alors je n'ai pu résister à partager ces lignes, fruit de mon cheminement.

 

La première partie a été publiée le 16 mai.

Voici la seconde partie

 

 

Lignée … quand tu me tiens

 

J’ai 35 ans. Je suis devenue mère à 31 ans, puis à 34 ans. Ma vie est bien remplie. Je suis séparée du père, je travaille à plein temps, je fais une reconversion professionnelle, j’assume seule un loyer, je me sens souvent débordée. Peu de temps pour moi. J’ai du mal à me retrouver entre mes différentes casquettes : de « working-girl », de maman, de femme. Je ne sais pas ce que c’est, « être une femme ». Je ne l’ai pas appris à l’école. Ni chez mes parents : je n’osais pas aborder ce sujet avec eux.

 

 

Je suis née d’une mère qui m’a protégée des hommes toute mon enfance et mon adolescence. Peurs inconscientes de voir sa fille subir ce qu’elle avait subie : les abus d’un oncle. Je suis issue d’une lignée de femmes tantôt soumises à leur mari, tantôt volages. J’ai beaucoup de mal à trouver ma place de femme épanouie, équilibrée dans la pleine expression de sa libido. La petite fille intérieure prend une grande place. La femme a beaucoup de mal à germer. Je me sens mal dans mon corps de femme, je ne me sens pas belle. J’ai peur du désir des hommes. Un jour, un inconnu me croise dans la rue et me dit « tu es belle, toi » : cela me fige, je ne comprends pas, je ne sais que répondre. Je ne me retourne pas. Il a continué sa route.

 

Je n’aime alors pas vraiment faire l’amour. Du moins, j’adore les jeux amoureux, ce que l’on appelle les « préliminaires ». Mais dès que le moment de la pénétration arrive, une grande frustration me traverse : je n’ai pas de plaisir. Aucune sensation. Pas de jouissance, pas d’orgasme. Et pourtant je sens en moi que j’aime le sexe, je me sens sexuelle. Je suis confrontée à une grande distorsion intérieure que je ne comprends pas.

 

 

Le réveil

 

J’ai 38 ans, je me retrouve à animer des soirées « sexy-shopping » entre femmes pour arrondir mes fins de mois. Pour expliquer le choix de mon activité à mon auditoire, me vient cette phrase :

 

                                            « Nous avons toutes droit au plaisir ».

 

Je prends conscience qu’une injonction inconsciente contraire à cette affirmation semble être imprimée dans mes cellules.

Face aux questions que l’on me pose et en entendant les partages, je découvre que les femmes à qui je m’adresse ne connaissent pas grand-chose à la sexualité. Et personnellement, je me rends alors compte de l’importance de mieux connaître son sexe féminin. Pas évident vu qu’il est « à l’intérieur ». Pour moi, il constitue « un mystère ». Je n’ai jamais osé introduire un doigt, ou simplement le regarder. Je sens des tabous tenaces, comme si j’allais être observée si j’osais franchir cette limite ! Ce « tu n’as pas le droit » m’empêche de vraiment rencontrer la « femme sexuelle » que je suis.

La même année, à l’occasion d’un stage sur la sexualité féminine, entrainée par l’énergie du groupe, j’ose enfin regarder mon sexe : mes lèvres, mon clitoris, et plus encore ! Mon vagin. Je suis émue de découvrir qu’il en émane une infinie douceur : sa couleur rose tendre, sa texture lisse et douce ont changé à jamais ma vision de ce qui est alors devenu pour moi un « temple sacré ».

 

Je découvre que le clitoris est un organe dont la seule utilité est…le plaisir. Je me sens alors perplexe : comment ai-je pu passer à côté de cette information capitale ! Ma mère ne m’avait rien transmis de positif sur la sexualité. Comme toutes les femmes de sa lignée. Après de belles réparations et une quête assidue pour me libérer de tous ces poids, peu à peu mon sexe se réveille. Je me donne le droit d’exister. Je me reconnecte à mon énergie vitale, à ma « libido de Vie ». Le plaisir pendant l’acte de « faire l’amour » devient possible. Je me sens "capable », légitime, au même titre que les autres femmes, à avoir moi aussi du plaisir dans ma sexualité. C’est une grande libération.

  

Je visite l’Oppidum d’Entremont à côté d’Aix en Provence, mon lieu de vie actuel. Ce site archéologique aurait été occupé par les ancêtres celtes de l’actuelle ville Aqua-Sextiae, qui furent chassés par les romains. La guide nous fait ensuite visiter Aix en Provence, sous un autre regard. Elle parle des « vierges noire », une représentation de la vierge Marie à la peau noire que l’on retrouve dans de nombreuses églises d’Europe et de méditerranée. L’une d’entre elles a d’ailleurs été retrouvée à St Germain des Prés, non loin de Notre Dame. La plupart de ces Vierges noires seraient liées à des rites de fertilité, de fécondité et de sexualité, mais ont été souvent « blanchies » après le XIIIème siècle, en étant remplacées par des représentations de Marie, mère de Jésus. La Vierge noire serait le témoin de cette spiritualité oubliée … et selon notre guide, derrière cette « Marie » se cacherait en fait le culte d’Isis. Ses autres noms à travers les traditions et les siècles, seraient Ishtar, Inanna, Vénus, Aphrodite, Ostara : il s’agit de la déesse reliée à l’amour, la fertilité et la sexualité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’apprends par une autre source, les églises ont souvent été bâties sur des lieux de culte païens, celtiques ou romains, dédiés au culte de déesses et du féminin sacré. Il semble d’ailleurs – d’après certains poètes ésotériques de la fin du XIXe siècle - que le site de Notre Dame de Paris soit positionné sur un ancien temple dédié au culte d’Isis. En effet, selon certaines hypothèses, les Parisii, peuple gaulois installé dans l'actuelle région parisienne, ont donné leur nom à la ville de Paris. En égyptien, les temples d'Isis étaient appelés « per » ou « par », c’est à dire « l’enclos qui entoure la maison ». Aussi, selon cette source (cela dit réfutée par les linguistes), Parisii résulterait de la juxtaposition de Par-Isis : « le temple d’Isis ».

 

Tout devient plus clair pour moi. Cette dissonance que je sentais en entrant dans une église prend du sens. Toutes ces représentations sacrées et leurs symboliques ont peut-être bien été masquées, déviées pour « le commun des mortels ». Mais pourquoi donc ?

 

Je note que l’incendie de Notre Dame a lieu pendant la semaine sainte, juste avant Pâques. Est-ce une coïncidence ? Je découvre que le mot Pâques en anglais se dit « Easter » : il est associé à « Astarte » (ou « Eostre » en saxon), c’est-à-dire … la déesse de la fécondité et de la guerre (dans le sens de l’énergie créatrice féminine), dont les autres noms (selon les traditions) sont : Isis, Ishtar & consorts !

A l’origine, Pâques correspondrait à la célébration d’Ishtar. A cette occasion, il s’agissait dans les traditions phéniciennes, babyloniennes et celtes, de fêter la fertilité, le grand cycle de la nature associé à l’essence féminine créatrice et nourricière. La chrétienté, avec l'Empereur Constantine en 325 après JC, a décidé de christianiser l’empire : Pâques devint une célébration associée à Jésus. Le sens initial fut alors peut-être bien détourné.

Cet incendie de Notre Dame, à l’aune des fêtes de Pâques, aurait-il un sens ? J’aime à penser qu’il est venu le temps … de redonner la place au féminin sacré, refoulé durant tant de siècles.

 

 

 

 

 

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