
L'art d'être porté
Le tantsu ne se raconte pas facilement : c'est une pratique où l'on ne fait rien, où l'on est simplement tenu. C'est aussi, régulièrement, celle qui touche le plus vite et le plus profond.
Le tantsu naît dans les années 1980 sous l'impulsion de Harold Dull, un poète américain devenu praticien de shiatsu. Dull avait déjà inventé le watsu — le shiatsu pratiqué dans l'eau chaude, où le receveur flotte pendant que le praticien le déplace lentement. Le tantsu en est le pendant terrestre : la même qualité de portage, mais au sol, sans bassin.
Son nom dit sa filiation : c'est la contraction de « tantra » et de « shiatsu ». Du shiatsu, il garde les pressions lentes le long des méridiens. Du tantra, il garde l'intention : le toucher ne cherche pas à corriger quoi que ce soit, il cherche à établir une présence.
Le receveur est allongé au sol, habillé, sur un tapis. Le donneur s'installe autour de lui — assis, à genoux, parfois allongé — et le prend contre lui. La tête repose sur une cuisse, le dos contre un torse, un bras enveloppe les épaules. Puis presque rien ne bouge.
Ce presque rien est le cœur de la pratique. Des pressions lentes cheminent le long du corps, des bercements très légers viennent et repartent, des temps d'immobilité complète s'installent. Le rythme est celui de la respiration, pas celui d'un protocole. Une séance dure entre vingt minutes et une heure.
Le receveur n'a rien à faire. C'est la consigne, et c'est souvent la difficulté : ne rien faire, ne pas aider, ne pas rendre. Beaucoup découvrent à cette occasion à quel point recevoir leur est plus difficile que donner.
Ce qui agit n'est pas la technique mais le portage lui-même. Cette expérience d'être tenu sans avoir rien à faire, le corps la reconnaît d'avant les mots : c'est la sécurité du tout premier lien, celui du nourrisson porté. La retrouver adulte a un effet particulier.
Les réactions les plus fréquentes sont un relâchement musculaire profond, une chute du rythme cardiaque, et très souvent des larmes — sans tristesse, sans souvenir précis, simplement parce qu'un besoin très ancien vient d'être entendu. Ceux qui pleurent en tantsu sont rarement en train de revivre quelque chose ; ils sont en train de lâcher quelque chose.
Sur la durée, les participants décrivent une modification du rapport au contact : moins de vigilance, moins de calcul, plus de disponibilité à être touchés dans la vie ordinaire.
Le tantsu ne demande aucune souplesse, aucune condition physique, aucune expérience. Il convient particulièrement à ceux qui ont du mal à recevoir, à ceux qui ont un rapport tendu au contact, et aux couples qui ont perdu le geste gratuit — celui qui ne demande rien.
Deux précautions. La première tient au cadre : être porté est une position de vulnérabilité, elle exige un consentement explicite et la possibilité d'interrompre à tout instant. La seconde tient à ce qui remonte : le tantsu ouvre parfois une émotion forte, et il faut quelqu'un pour l'accueillir. C'est pourquoi nous le pratiquons en groupe encadré plutôt qu'en autonomie.
Le tantsu n'est pas un massage érotique et ne comporte aucune dimension sexuelle. Il se pratique habillé.
Le tantsu occupe une place centrale dans L'Ivresse de la Joie, où il est travaillé aux côtés de la transe et de l'acupression émotionnelle. Il apparaît aussi, plus brièvement, dans nos autres stages de tantra, et dans l'accompagnement de couple où il donne souvent le déclic que la parole ne produit pas.
Pas au sens habituel. On y est tenu plutôt que massé : les pressions existent, mais l'essentiel de l'effet vient du portage et de l'immobilité, pas du geste.
Non. Le tantsu se pratique entièrement habillé, en vêtements souples et confortables.
Oui, une fois les bases apprises en stage. C'est même l'un des rares gestes tantriques qui se transpose facilement à la maison, sans matériel.
De vingt minutes à une heure. En stage, les temps de tantsu sont généralement d'une trentaine de minutes par personne, suivis d'un temps de silence.
Parce que le corps reconnaît une qualité de portage qu'il n'a plus rencontrée depuis très longtemps. Ces larmes ne sont pas de la tristesse : elles accompagnent un relâchement.
Toute première participation est précédée d'un entretien téléphonique. Il est gratuit, sans engagement, et c'est souvent là que tout se clarifie.